Joyeux anniversaire!

Le RMI a dix ans, c'est la mort dans l'âme et avec rage que nous célébrons ce triste anniversaire. Car même si il aura permis à des millions de concitoyens de pouvoir survivre en ces années de crises à répétition, le nombre croissant de ses bénéficiaires démontre bien le terrible constat d'échec des politiques successives.
Surtout qu'avec les stages bidons, les CES et autres sous emplois le RMI permet de cacher efficacement les vrais chiffres du chômage. Que penser de tout ce gâchis, de toutes ces personnes de bonne volonté que l'on parquent dans les
oubliettes de l'emploi. Rejetées, contrôlées, tenues à l'écart de la citoyenneté et de la vie par un système voué entièrement au profit, enfermées dans un assistanat indifférent. Et il faut bien le dire, que ce soit le RMI ou toutes autres aides, cela n'avantage, dans le temps, que les profiteurs, ceux qui de toutes manières ne veulent pas travailler et rejettent les règles de la société. Les vrais demandeurs d'emploi, ceux qui ne veulent plus l'être ne peuvent se contenter d'un assistanat sans avenir réduisant leur dignité à néant.
Quel anniversaire! , Ils peuvent
être fier nos politiques, fier de leur RMI, de leurs lois contre l'exclusion que personne ne veut appliquer, de leur milliard jeté inutilement à la figure des chômeurs pour calmer la "révolte" de l'an dernier. Alors qu'il suffit simplement de créer de vrais emplois avec lesquels nous pouvons vivre en toute dignité. Il faut être arriver vraiment au fond du trou pour pouvoir comprendre la détresse que ressent un père de famille quand il veut simplement vivre et voire grandir ses enfants, par ses propres moyens.
Le sentiment d'inutilité vous donne l'envie, plus que l
'impression, de ne plus exister. Surtout l'hiver, quand on apprend la mort de froid de plus pauvre que nous. Quand il ne reste plus que la froideur d'une nuit de Noël passé dans la tristesse avec le repas des Restos du coeur, offert parfois par des responsables qui oublient, pour se donner une bonne conscience, qu'ils n'ont habituellement pas de coeur. Il est vrai que le RMI et la misère servent très bien à créer des emplois bon marché qui ressemblent à si méprendre au retour à l'esclavage et cela ne déplaît pas à tout le monde.
Quel triste anniversaire pour celui qui se bat depuis des années pour retrouver un travail, de vrais valeurs et sa dignité. Espérons que dans dix ans ce cher RMI ne sera plus qu'un mauvais souvenir avant que par désespoir certaines idéologies malsaines ne se réalisent.

D. Bonifacio                                                                                                Paru dans le Courrier Picard en 98  

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Vu de chien                                                                                               de D.Bonifacio
Salut, je me nomme Strouppi. J'ai entendu dire que les Français avaient un cœur pour les animaux. Je le croyais aussi, avant. Mon maître m'aimait bien, il était gentil et ma vie agréable. Je me rappelle nos balades, mes petits maîtres jouaient avec moi et ma maîtresse qui chaque jour avec tendresse apportait mon repas. Mon maître partait tous les matins très tôt, mais jamais il n'oubliait une dernière caresse.
Le soir je l'attendais et lui faisait la fête dés que je voyais sa voiture. De temps en temps, il ne partait pas le matin et
là nous allions tous ensemble nous promener dans les bois ou à la mer.
Puis un jour, il n'est plus parti le matin de bonne heure. Au début c'était bien et j'étais content car nous pouvions jouer encore plus souvent ensemble dans le jardin. Mais peu à peu il a commencé à changer. Il est devenu râleur et nerveux. Nous ne faisions plus de promenades dans les bois ni à la mer. Mes repas sont devenus moins copieux, malgré la tendresse. Les enfants ne me faisaient plus danser avec au bout des doigts cette bonne chose
noire et sucrée qu'ils appelaient chocolat. Mon maître criait souvent pour rien et l'ambiance était moins heureuse. Souvent il était là assis dans le jardin, triste, avec une haleine bizarre. Balbutiant, il disait ne servir à rien et me parlait de choses que je ne comprenais pas. Et moi j'aurais tant voulu pouvoir l'aider. Bientôt j'ai dû aller chercher à manger dans les poubelles du voisinage, mon maître ne prenait plus sa voiture et la famille restait là, cloîtrée dans un silence pour moi sans raison.
Un jour, c'était je crois Noël, des hommes
sont venus avec beaucoup de papiers et un grand camion. Ils ont tous crié et moi j'ai grogné de colère. Puis ils sont repartis avec des affaires et des meubles qui étaient, avant, dans la maison. Mon maître criait, sa femme et ses enfants pleuraient. Moi j'avais de la peine, ces hommes ne les aimaient-ils pas?.
Cette nuit, je ne sait pas pourquoi, je n'ai cessé de hurler. Le lendemain des hommes en uniforme sont venus, il y en avait beaucoup, dans tout les sens. Ils ont emporté les corps de mes maîtres dans des voitures
blanches. Des flashes crépitaient, tout le monde parlait en même temps et moi j'ai hurlé de douleur et de rage. Des gens m'ont emmené vers une autre maison, dans une cage avec d'autres chiens qui aboyaient sans cesse.
Je n'ai pas vraiment l'impression que les français ont du cœur pour les animaux. Ils m'ont séparé de ma famille, qu'ils n'aimaient certainement pas et tout ça je ne sais pas pourquoi.

 

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